Pour la présentation de son nouveau site
Internet, l'animateur de Salut les Terriens nous a accordé une interview à
sa façon. Mégalo et décomplexée.
Il est venu dans les salons de l'hôtel Meurice - un palace de la rue de
Rivoli, à Paris - pour présenter ce qu'il appelle, en toute mégalomanie
assumée, son "mausolée virtuel" : tout ce que Thierry Ardisson a tourné,
écrit et dit depuis plus de 25 ans est en libre accès sur
http://www.ina.fr/ardisson ou thierryardisson.fr. 25 ans d'histoire de la
télé, de coups, de scandales, d'interviews cultes et de rigolades.
Pour l'entretien qui va suivre, l'homme en noir du PAF, coupe de champ'
dans une main et clope dans l'autre (et merde au règlement !), impose le
tutoiement. On n'est pas dans la fausse connivence, plutôt dans un mode de
communication naturel à cet enfant de la génération libertaire des années
70 et 80. Allons-y pour le "tu", donc...
- La mégalomanie est un trait de ta personnalité que tu sembles
assumer, voire revendiquer...
Thierry Ardisson - Tu ne fais pas ce boulot si tu n'es pas un peu
mégalomane. J'assume, mais ces 25 ans de travail ont aussi une valeur
patrimoniale et culturelle. L'Ina n'a pas fait tout ça pour me faire
seulement plaisir. C'est le reflet de toute une époque.
- Tu dis faire du flux comme on fait une œuvre. As-tu le sentiment
d'être un créateur ?
Thierry Ardisson - J'ai inventé des émissions. C'est moi qui
ai inventé l'interview concept, ce qui n'avait jamais été fait, exception
faite du questionnaire de Proust. J'ai innové sur les lumières. Quand je
suis arrivé à la télé, j'ai commencé à travailler sur les basses lumières,
sur le modelé des visages. Comme je venais de la pub, j'ai beaucoup
travaillé sur l'habillage, la typographie. Alors oui, je pense être un
créateur.
- Plus que les autres animateurs ?
Thierry Ardisson - Il y a plein d'animateurs qui s'en
foutent. Souvent on me dit de ne pas m'emmerder avec les décors, avec le
générique, parce ce n'est pas ça qui fait l'audience. Non, mais moi ça me
plaît. On parle de cinéastes, de vidéastes, mais jamais de "téléastes". A
part Jean-Christophe Averty, il n'y en a jamais eu. J'aurais aimé en être
un.
- Donc tu penses ne pas en être.
Thierry Ardisson - Non parce que j'ai fait beaucoup de flux,
d'interviews. Mais disons que je suis le plus téléaste des
animateurs-producteurs.
- As-tu le sentiment aujourd'hui de garder cette capacité d'inventivité
qui a fait ta réputation ?
Thierry Ardisson - Oui, la semaine dernière, j'ai inventé un
nouveau truc dans Salut les Terriens (un trucage façon iPhone où il fait
apparaître une incrustation à l'écran et étirant les bras, ndlr). J'ai de
nouvelles idées dont je ne peux pas encore parler, pour Paris Première. La
grosse difficulté pour moi n'est pas d'inventer des émissions mais de les
vendre. Il y a moins d'argent, moins d'envie, moins d'espace pour la
création.
- Qu'est-ce qui se passe à la télé française aujourd'hui ?
Thierry Ardisson - J'ai peur que la télé devienne un boulot
comme un autre, avec des gens qui font des émissions sans génie.
Aujourd'hui on préfère acheter un concept qui a marché à l'étranger - mais
qui n'est pas sûr de marcher en France -, que d'avoir nos propres idées.
Je me souviens d'avoir proposé un concept de téléréalité à TF1 qui
s'appelait Peplum - un truc vraiment marrant. Ils l'ont refusé et ont
préféré acheter Le Royaume. Ce fut un flop terrible.
- C'est de la flemme ?
Thierry Ardisson - Non, c'est parce qu'ils ont peur de se planter.
- Y a-t-il encore des choses intéressantes à voir ?
Thierry Ardisson - Oui : les émissions de Frédéric Lopez. On
a souvent dit que Fogiel était mon successeur. Pas du tout. Cauet non
plus. Ce sont des gens qui ont dévoyé mon travail. Alors que Frédéric
Lopez, lui, invente. Rendez-vous en Terre Inconnue et Panique
dans l'oreillette, ce sont ses idées et ce sont des émissions vraiment
intéressantes.
- Qu'est-ce qui reste à inventer à la télé ?
Thierry Ardisson - A mon âge, ce qui m'intéresse, c'est de
vulgariser la culture, la spectaculariser. Pas à la FOG, évidemment.
J'adorerais avoir une émission où je descendrais un grand escalier entouré
de girls et en bas, il y aurait Marie Ndiaye (le dernier Goncourt, ndlr).
Elle serait assise sur la première marche et je l'interviewerais. Pour que
la culture aille vers les gens, il faut l'emballer comme il faut. Il faut
du fun pour vendre le fond.
|