Thierry Ardisson,

spécimen médiatique

 

Il vient d’avoir 60 ans et a goûté à tout : drogues, pub, folles nuits parisiennes, télé, célébrité, argent, cinéma… Mais qu’est-ce qui fait encore courir Thierry Ardisson ? Confessions d’un vrai cathodique sans lunettes noires.

 

Paru le 09.04.2009 , par Laurent Mereu-Boulch

 

 

“Aujourd’hui, j’ai davantage d’empathie pour les gens, même si je ne leur trouve pas toujours des excuses.”

 

"J'ai été dur avec beaucoup de personnes"

La drogue vous aidait-elle à surmonter votre désespoir ?
Je me suis mis à l’héro et à la coke parce que c’était surtout la mode. Quand on est un angoissé comme moi, c’est le remède idéal. Au début, tu en prends pour être bien. Après, en revanche, c’est pour ne pas être mal. Un vrai cauchemar. J’ai eu la chance de descendre du train avant qu’il aille trop vite. Mais j’ai été limite.

Avec le temps, avez-vous quand même fini par dompter vos démons ?
J’ai réussi à penser contre moi-même. Je me suis assagi et calmé, notamment en interview avec les questions sur le sexe. Il y a quand même un âge où l’on fait papy pervers si l’on demande à une femme si elle est vaginale ou clitoridienne. Aujourd’hui, j’ai davantage d’empathie pour les gens, même si je ne leur trouve pas toujours des excuses. J’ai été dur avec beaucoup de personnes, j’ai viré des collaborateurs sur un claquement de doigts.
J’ai longtemps eu un côté killer scorsésien. Je suis d’origine italienne, j’aurais pu être dans la Mafia. Depuis quelques années, je suis devenu plus urbain et tolérant. Mais dans l’ensemble, je ne me sens bien avec personne, excepté peut-être avec mes copines du Matis. (Il rit.) J’aime bien la compagnie des vieux homos. Aujourd’hui, j’assume davantage ma féminité. Pendant des années, je la refoulais. C’est pourtant ce qui me donne ma sensibilité et ma créativité.

En fait, vous êtes un vieux solitaire ?
Oui. Mes enfants me charrient souvent à ce sujet. Ils disent que je n’ai pas d’amis. Ce qui est vrai, finalement. Je n’organise jamais de dîners chez moi, je ne suis pas mondain. Je passe mes soirées à travailler. J’ai fréquenté Beigbeder pendant des années, mais on se voit moins. J’ai été proche de Samuel Benchetrit, mais ça n’a duré que trois mois. Sinon, j’aime beaucoup Daniel Filipacchi. J’ai besoin d’admirer mes amis.

Qui vous admire, vous ?
Mes enfants. En tout cas, je l’espère. Ma femme m’a beaucoup admiré jusqu’au jour où elle en a eu marre et qu’elle a monté son truc de musique. (Il rit.) Au début, je l’ai très mal vécu, mais avec le temps, cela s’est un peu estompé.