"J'ai été dur avec beaucoup
de personnes"
La
drogue vous aidait-elle à surmonter votre désespoir ?
Je me suis mis à l’héro et à la coke parce que c’était surtout la mode.
Quand on est un angoissé comme moi, c’est le remède idéal. Au début, tu
en prends pour être bien. Après, en revanche, c’est pour ne pas être
mal. Un vrai cauchemar. J’ai eu la chance de descendre du train avant
qu’il aille trop vite. Mais j’ai été limite.
Avec le temps, avez-vous quand même fini par dompter vos démons ?
J’ai réussi à penser contre moi-même. Je me suis assagi et calmé,
notamment en interview avec les questions sur le sexe. Il y a quand même
un âge où l’on fait papy pervers si l’on demande à une femme si elle est
vaginale ou clitoridienne. Aujourd’hui, j’ai davantage d’empathie pour
les gens, même si je ne leur trouve pas toujours des excuses. J’ai été
dur avec beaucoup de personnes, j’ai viré des collaborateurs sur un
claquement de doigts.
J’ai longtemps eu un côté killer scorsésien. Je suis d’origine
italienne, j’aurais pu être dans la Mafia. Depuis quelques années, je
suis devenu plus urbain et tolérant. Mais dans l’ensemble, je ne me sens
bien avec personne, excepté peut-être avec mes copines du Matis. (Il
rit.) J’aime bien la compagnie des vieux homos. Aujourd’hui, j’assume
davantage ma féminité. Pendant des années, je la refoulais. C’est
pourtant ce qui me donne ma sensibilité et ma créativité.
En
fait, vous êtes un vieux solitaire ?
Oui. Mes enfants me charrient souvent à ce sujet. Ils disent que je n’ai
pas d’amis. Ce qui est vrai, finalement. Je n’organise jamais de dîners
chez moi, je ne suis pas mondain. Je passe mes soirées à travailler.
J’ai fréquenté Beigbeder pendant des années, mais on se voit moins. J’ai
été proche de Samuel Benchetrit, mais ça n’a duré que trois mois. Sinon,
j’aime beaucoup Daniel Filipacchi. J’ai besoin d’admirer mes amis.
Qui vous admire, vous ?
Mes enfants. En tout cas, je l’espère. Ma femme m’a beaucoup admiré
jusqu’au jour où elle en a eu marre et qu’elle a monté son truc de
musique. (Il rit.) Au début, je l’ai très mal vécu, mais avec le temps,
cela s’est un peu estompé.