Thierry Ardisson, spécimen médiatique
Il vient
d’avoir 60 ans et a goûté à tout : drogues, pub, folles nuits
parisiennes, télé, célébrité, argent, cinéma… Mais qu’est-ce qui fait
encore courir Thierry Ardisson ? Confessions d’un vrai cathodique sans
lunettes noires.
Il reçoit
chez lui, un vaste appartement au style rococo et aux couleurs vives,
avec vue spectaculaire sur les Tuileries. Une épaisse moquette rouge
tapisse le sol, un petit matelot à tête de biche trône dans un coin de
son bureau. Quelques tableaux et un écran géant sont accrochés aux murs.
Coulé dans sa panoplie immuable, pantalon, T-shirt et veste noire,
Thierry Ardisson est souriant, vous tutoie naturellement et se raconte à
haut débit et sans langue de bois, drôle et grave, mais toujours
délicieusement aimable et sincère.
Depuis
vingt-cinq ans, Thierry Ardisson est un spécimen médiatique bien à part
: figure emblématique d’une télévision débridée et homme aux multiples
visages. On n’a longtemps vu en lui qu’un personnage engoncé dans son
uniforme de curé défroqué qui se dévergonde en parlant de sexe et de
drogue sous les sunlights du samedi soir, insatiable provocateur à l’ego
surdimensionné, avide de reconnaissance et affamé d’argent.
Il y a
cinq ans pourtant, dans son autobiographie Confession d'un
baby-boomer
éd. Flammarion), on découvrait un autre homme, une star
de la télévision bien plus humaine et sensible que l’image ne le
laissait paraître. Un Thierry plus qu’Ardisson, se disséquant avec la
minutie d’un chirurgien et révélant ses blessures, ses échecs, ses
errances, ses angoisses. Aujourd’hui, à 60 ans (il les a fêtés le 6
janvier), et après cette introspection salutaire, il entame, comme il
dit, son dernier combat : « produire une dizaine de films pour le cinéma
avant de me retirer à 80 ans dans ma maison en Normandie pour écrire des
livres d’histoire ». Interview.